La route N2 : un Compostelle moderne au cœur du Portugal
- Abigail

- 19 juil.
- 3 min de lecture

Il y a des routes qui ne se contentent pas d’être prises. Elles vous prennent, vous, et ne vous lâchent plus. La N2 est de celles qui vous happent comme un film dont vous devenez le personnage principal, avec le Portugal en décor panoramique et la lumière dorée en bande sonore.
Dès qu’on y pose les roues, on sent qu’on entre dans quelque chose de plus grand que soi. Une ligne d’asphalte qui coupe le Portugal du nord au sud, comme une cicatrice lumineuse. Une Route 66 version portugaise, mais avec moins de motels douteux et plus de miradors, les collines dorées, les villages blancs, les cafés où le temps s’arrête. Elle traverse le pays du nord au sud, comme si elle disait : “Viens, je vais te montrer quelque chose.” De Chaves, à la frontière de l’Espagne, jusqu’à Faro en Algarve, se déroule 739 km de paysages qui changent comme des humeurs.

Pour la parcourir, il faut acheter un passeport et collectionner des estampes dans différentes mairies, offices de tourisme ou commerces partenaires. Un Compostelle moderne… mais en VR, en auto, en moto, en vélo ou à pied si on a beaucoup de courage, de bons genoux et beaucoup de temps devant soi.
Sur cette route, tout est sensation.
L’odeur des oliviers chauffés par le soleil.
Le vent qui claque contre les vitres en traversant les montagnes du centre.
Le goût du café serré dans un petit bar où personne ne parle anglais, mais où tout le monde te sourit.
La lumière dorée du Douro qui te fait croire que tu roules dans un tableau.
Le silence profond des plaines de l’Alentejo, où même les cigales semblent méditer.
Et puis, tout au bout, l’air salé de l’Algarve qui annonce la mer avant même qu’on la voie.
Il y a 35 tampons à obtenir. Mais en réalité, ce sont 35 moments qui s’impriment dans la mémoire.

Hier encore, j’ai appris qu’une légende sur un monstre sacré des eaux du Zêzere allait bientôt émerger et devenir une nouvelle croyance populaire. Le Portugal adore ses histoires et moi aussi.
J’ai été séduite par tout ce que j’ai vu et par la gentillesse de ses habitants. À commencer par Inger et Steven, chez qui j’ai logé pendant leur voyage en Alaska. La générosité de la voisine Augusta, qui cuisine comme si elle voulait te sauver la vie à chaque repas. J’ai été chouchoutée par Raphaël, du restaurant Retiro de Figueiró dos Vinhos, qui ajoute toujours quelque chose “pas au menu”, juste pour te faire plaisir.

Le Portugal, c’est ça : des gens qui donnent sans compter, qui rient fort, qui parlent vite, qui créent tout le temps, qui t’aiment avant même de te connaître.
Je me suis balancée. Je me suis baignée. J’ai marché (beaucoup). J’ai mangé (très bien). J’ai appris des mots portugais que je prononce encore comme une touriste, mais qui me font sourire. J’ai vu des oliveraies, des vignobles, des montagnes, des rivières, des villages qui semblent sortis d’un film.

Et surtout : j’ai senti que ce pays avait quelque chose de familier. Comme un endroit où on revient, même si c’est la première fois qu’on y met les pieds.
Je quitte bientôt mon petit paradis pour Porto, puis Montréal. Mais je ne repars pas les mains vides. Je ramène des odeurs d’oliviers chauffés, des couleurs qui n’existent qu’ici, des voix qui roulent comme des vagues, des paysages qui collent au cœur, des histoires qui ne demandent qu’à être racontées, des sourires… et cette route N2 qui continue de rouler quelque part en moi.

Si vous avez la chance de venir ici, faites-le. Et si vous ne pouvez pas, j’espère que ces mots vous auront offert un peu de Portugal : parce que ce pays ne se visite pas seulement… ce pays se ressent.



Merci de nous avoir partagé tes aventures et de nous avoir fait visiter ce coin de Pays à travers tes écrits et photos.
Bon retour!