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Serta, Vila de Rei et moi : Une histoire de centre… et de GPS

Dernière mise à jour : 10 juil.


Comme ma cousine me l’a dit plus tôt cette semaine, on dirait bien que ce voyage m’ouvre une page blanche à remplir de beaux moments. Et chaque journée ajoute de nouvelles lignes à cette histoire que je n’aurais jamais osé inventer.


Je ne savais pas encore où serait ma prochaine aventure. J’attendais un signe… ou que Google Maps arrête de me proposer des lieux sortis de nulle part. Mais tout me ramenait au centre. Alors j’ai fait ce que toute personne raisonnable ferait : j’ai écouté Tiago.


Tiago avait regardé avec moi tous les points que j’avais ajoutés sur Google Maps, certains très intentionnels, d’autres ajoutés sur un coup de tête basé sur une photo. Il m’avait organisé une journée mémorable. Une vraie journée “tu vas voir, tu vas aimer”.


Il fallait commencer par Serta, berceau d’une légende qui mérite clairement son propre film : Celinda, l’épouse du chef du château.


Lorsque les Romains ont assiégé la fortification et que son mari est tombé au combat, Celinda n’a pas paniqué. Elle a saisi sa “serta”, une poêle remplie d’huile brûlante, a grimpé sur les remparts et a lancé son arme improvisée sur les envahisseurs pour les faire fuir.


Honnêtement, si quelqu’un réalise un film sur elle un jour, j’espère qu’ils lui offriront une scène d’action digne de son courage. Cette femme avait une poêle… et parfois, c’est tout ce qu’il faut pour changer l’histoire.


Selon la tradition, c’est de cet acte héroïque que la ville de Serta tire son nom. Le château veille encore aujourd’hui sur la ville et conserve la mémoire de cette légende. Et croyez-moi, Serta n’était pas au bout de ses histoires. Il y a aussi Notre Dame des Remèdes, et un festival en son honneur tous les étés en août. Je vous raconterai ça autour d’une limonade!


Après Serta et l’énergie incroyable de Celinda, Tiago m’avait recommandé de poursuivre vers Vila de Rei, au centre géodésique du Portugal. Un autre type de sommet m’y attendait : là où l’histoire laisse place à l’horizon, et où la légende devient paysage.


Il y a un obélisque à six cents mètres d’altitude, permettant d’admirer un panorama à trois cent soixante degrés. J’ai compris que certains lieux ne se visitent pas. Ils s’absorbent. Ils s’impriment. Ils deviennent un repère intérieur. La seule chose curieuse était une boîte de métal avec un collant du Québec! Je n’ai pas saisi le message, s’il y en avait un ! 


Et en regardant l’horizon à cent kilomètres, j’ai senti la magie du moment présent. 


Tiago m’avait aussi recommandé de retourner à Dornes sur mon chemin du retour et d’aller le saluer... Juste avant d’arrêter à Dornes, à Vila de Rei, on m’a remis un diplôme signé par le maire. On m’a vivement encouragée à dévier un peu de mon GPS pour découvrir de petits trésors, à commencer par le Miradouro da Seada, présenté comme la plus belle vue de tout le pays. J’ai emprunté un chemin escarpé, et la récompense était à la hauteur : une vue mémorable, presque irréelle. J’aurais voulu capturer davantage de clichés, mais parfois la route décide que le moment doit être vécu, pas photographié. Que dire de la Praia (plage) Fernandaires ? Allez-y !


À Dornes, Tiago était en congé. C’est donc Ricardo, son collègue, qui m’a accueillie avec une gentillesse désarmante. Il m’a suggéré d’aller visiter le musée de la chandelle dans la petite église, le plus grand du pays, rien de moins. Je m’attendais à une baignade… j’ai finalement découvert un musée improbable, mais charmant, comme seul le Portugal sait en créer.


Ce soir, j’étais invitée à souper chez ma voisine Augusta et son frère Isidro. Deux êtres d’une gentillesse rare, le genre de personnes qui te donnent envie d’être une meilleure personne juste en les regardant servir la salade et le riz (pas du pain, évidemment, parce que moi et le gluten… c’est une relation toxique). J’étais un peu nerveuse. Pas à cause de ma longue liste d’allergies, mais parce que je devais être 100 % en portugais.


Mes 5 minutes par jour depuis 2 mois et demi (le demi est importante, merci de noter) sur Duolingo font de moi une débutante. Une débutante très débutante. Une débutante qui espère sincèrement que, après avoir lancé un confiant « Tudo bem? », on ne me répondra pas plus que « Bem, e você? ». Parce que si on me demande plus… je serai officiellement prise dans mon propre piège linguistique.


Comment décrire cette langue ? Un mélange d’espagnol et de français… avec un accent russe. Et la fin des phrases ? On dirait le grognement d’un lion fatigué qui demande une sieste. Il faut dire que le portugais est ma 4e langue.


Malgré tout, ce fut une soirée parfaite, remplie de rires, de nourriture absolument ragoutante (dans le sens le plus positif du terme, promis) et de belles conversations. Augusta m’a ensuite ouvert les bras dans ce qu’elle appelle son musée : sa cuisine, où les portraits de sa splendide famille racontent leur propre histoire. Son plus jeune petit‑fils étudie la pastorale — surprenant, mais tellement évident quand on connaît la douceur d’Augusta. Une belle âme, façonnée par une autre.

 

Et si le centre du Portugal est devenu mon point de départ intérieur… alors la suite ne peut qu’être belle. Parce qu’à force de chercher le centre du pays, j’ai peut-être trouvé le mien. Et honnêtement, si Google Maps continue de m’y ramener, je ne discuterai plus. J'irai.

  

 
 
 

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